Ultra LAT 2018 – Le récit

Tout d’abord merci beaucoup pour tous vos messages d’encouragements en live ! C’était compliqué pour moi de répondre (pour certains je l’ai fait au dictaphone en montant sur des chemins roulants … mais il n’y en avait pas tant que ça non plus :-)

Mais je peux vous assurer que ça m’a reboosté, surtout quand je n’étais vraiment pas au mieux !!

Ensuite, quand on regarde le live, on a l’impression d’une course bien maitrisée de bout en bout. Mais c’était loin d’être le cas !

En fait, il y a eu quatre courses en une …

Le départ

Il est 5h. Il fait lourd à Luchon. Le speaker nous balance du AC/DC dans les oreilles et lâche la meute. C’est parti comme des balles et sortis des Allées d’Etigny, on se prend une rampe à plus de 10% et tout le monde court … sauf moi !

Moi à 5h, mon corps réclame un réveil musculaire, pas une séance de VMA. Du coup, je me retrouve dernier décroché du peloton. Mentalement, c’est dur à gérer. Je me dis ‘mais dans quoi tu t’es embarqué’.

Puis petit à petit, je commence à ramasser les asphyxiés un par un. Je passe la barrière horaire d’Hospice avec 10’ de marge, je m’arrête juste pour remplir les gourdes et je recolle au peloton qui est déjà bien entamé après 15km de montée. Ça commence à parler abandon autour de moi !!

Ouf !

La première boucle

Gros problèmes gastriques. Incapable de manger ni de boire, j’ai quand même des bonnes sensations physiques (ma prépa a visiblement été efficace).

Plus le temps passe, plus les douleurs sont intenses. J’ai de moins en moins de jus. Il fait de plus en plus chaud (32° aux Thermes). J’arrive à siroter un peu d’eau et faire fondre un peu de pâte d’amande sous la langue, c’est le minimum vital.

J’arrive à Luchon après 8h et 45km exsangue (1l d’eau bu et deux barres d’amande seulement !!!!). Je tremble, j’ai des sueurs froides. Je suis en panique, à fleur de peau. Plus très lucide. Pas question de repartir comme ça, je pense sérieusement  à mettre le clignotant.

J’ai 1h15’ de marge sur les barrières horaire alors je ne baisse pas les bras : je tente un combo Spasfon  / Citron pur / coca, je m’allonge et attend. Miracle !! Ca de se détend et se débloque !! J’arrive à boire de l’eau en abondance (je suis déshydraté). Pour la nourriture, c’est pas encore ça mais ça va nettement mieux. La salé, ça passe, c’est déjà ça !

Jusqu’à Espingo (70e km)

Là c’est plus la même course : je retrouve des couleurs, de l’énergie. Mon cœur descend de 15 pulsations/min. Je retrouve des jambes et arrive à courir quasiment en continu jusqu’à Astau alors qu’autour de moi, ça marche péniblement. Je m’amuse, je vole. Et je double concurrent sur concurrent. J’ai mis le masque du guerrier et plus rien ne peut m’arrêter. Prise de conscience que j’ai perdu beaucoup de temps à Luchon et je n’ai plus que 30’ d’avance sur les barrières à Astau. Alors je m’arrête pas plus de 5’ et je mets les bouchées doubles. Plus de temps à perdre. Mathilde m’accompagne jusqu’au Lac d’Oo, ça fait du bien ! Merci Mathilde !

C’est la première fois que j’avale 1300m de d+ en me disant « Déjà ! ». Espingo s’offre à moi. Allez, plus qu’une côte, on s’accroche !

Pendant ce temps, ça gronde fort sur les crêtes !!!

Jusqu’à l’arrivée

A partir de là, la météo se gâte : le brouillard s’installe, les températures chutent. Le balisage est sommaire et y’a vraiment moyen de se perdre. Alors vigilance ! Le concurrent devant s’arrête, blanc. Il a peur, il est en panique et me demande de s’accrocher à moi pour faire cette dernière ascension.

Les premières gouttes s’abattent, lourdes, puis ça devient de la grêle, éparse au début puis de plus en plus dense. On distingue à peine le passage de la Hourquette. Les grêlons mitraillent les bras. Ca fait mal. Ne pas paniquer et avancer, pas après pas. Une urgence : sortir de ce traquenard sain et sauf !

Après le col, le tableau est encore pire : des pierriers en dévers, des torrents de boue qui dévalent la pente, la trace à suivre complètement inondée. On ne sait même pas où mettre les pieds. Et au loin les éclairs qui se déchainent sur le Céciré : pile là où on doit passer.

J’ai froid, j’ai peur, j’en mène vraiment pas large. On se fait la promesse avec Vincent, mon nouvel acolyte, de ne pas se lâcher d’une semelle. Deux heures à ce régime nous a usés mentalement, tellement la concentration était totale.

On dégringole du Céciré le plus vite possible sur un chemin rendu très glissant et une fois arrivés à Superbagnères, le ciel se dégage et on a droit à un magnifique couché de soleil.

Là soulagement et gros relâchement : on décide avec Vincent de finir ensemble en marchant prudemment dans la dernière descente. Qu’importe que l’on mette 20’ de plus. On profite, on savoure, content de passer la ligne de cette aventure à la fois sportive, mentale et spirituelle.Au final, j’ai été étonné par les capacités du corps à s’adapter, par les facultés du cerveau à se programmer pour qq chose qui paraît de prime abord démesuré et par mon état physique plus qu’honorable à la fin : des pieds en bon état, des tendons qui ont bien tenu le choc, des quadri fatigués mais pas outre mesure, et plus que tout un sourire qui en dit long sur mon état psychique …

Bref, une magnifique expérience et un bon capital confiance acquis pour les épreuves à venir !

Encore un énorme merci pour m’avoir suivi. Je comprends mieux maintenant pourquoi le soutien des autres est si important dans ce type de trail !!!

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