La Diag’ de Marie – 3/3

Cet article est la suite de La Diag’ de Marie – 2 … et également la dernière partie de son épopée !! Nous avons laissé Marie en plein doute au pied des 2000 mètres de l’impressionnante forteresse rocheuse du Maïdo qui se dresse devant elle.Marie Lé la :[…]

De toute façon, il faut bien avancer

… alors je mets un pas devant l’autre et je recommence, c’est pénible, c’est usant mais ça fait défiler le temps et les kilomètres. Les coureurs autour de moi semblent épuisés également, je discute avec eux pour penser à autre chose qu’à ma fatigue. Ainsi, j’arrive à « Roche plate, km 108 », ce ravitaillement se situe un peu avant la moitié de l’ascension. Je me sens à bout de forces, je ne sais pas comment je vais réussir à terminer cette ascension du Maïdo et encore moins cette course. Je m’assois, je prends le temps de me ravitailler, de lire les messages sur le groupe WhatsApp. Comme à chaque fois, le moral grimpe à la vision de vos petits mots, de vos photos, je ris toute seule. J’essaie de voir le bon coté des choses : je n’ai pas de douleurs, le sommeil a disparu avec le lever du soleil et dans sept kilomètres j’en aurai terminé de cette ascension et de ce satané cirque de Mafate !Je me greffe à un groupe d’une dizaine de coureur pour attaquer les mille mètres de dénivelé qu’il reste pour franchir le sommet du Maïdo. Le rythme est régulier et nous avançons bien. Rapidement et sans m’en rendre compte, je prends la tête du groupe. Je me sens alors responsable de ces coureurs, j’ai l’impression que c’est à moi de les amener au sommet. J’avance d’un bon pas sans m’arrêter, je franchis les marches les unes après les autres avec la volonté d’en finir ! Ça faisait un bon moment que je n’avais pas été dans un état d’esprit aussi positif. L’ascension se fait donc assez naturellement, et le public devient de plus en plus dense au fur et à mesure que l’on s’approche du sommet.

Cette terrible montée se termine enfin!

Je trottine jusqu’au ravitaillement «Maïdo Tête Dure, km 115». Ici, l’ambiance est plus légère, nous retrouvons les coureurs du trail des bourbons avec leur T-shirt bleu, ils ont le même tracé que nous jusqu’à la fin du parcours. Je discute un peu, il me reste douze kilomètres de descente peu technique avant d’arriver à la base de vie de Sans Souci. Je suis beaucoup mieux et bien décidée à courir sur cette portion. Je quitte donc le ravitaillement dans cette optique. La descente se fait attendre, je suis un chemin vallonné qui ne fait que monter et descendre pendant au moins une heure, à tel point que j’interroge les autres coureurs. Ils n’en savent pas plus que moi. La descente commence enfin, la pente est douce, dans du sable avec des marches espacées de plusieurs mètres. C’est facile à courir, je me cale sur mon rythme et j’avance. Je suis bien, je double beaucoup de coureurs, des Bleus comme des Jaunes. Je reprends confiance et surtout je reprends plaisir à courir ! Seul petit bémol, une douleur commence à apparaître aux pieds et aux chevilles, chaque appui me fait mal et mes chaussures me serrent. Je ne m’arrête pas, il ne doit plus rester longtemps avant Sans Souci, je m’en occuperai là-bas. Cependant, la douleur grandissante m’oblige à alterner marche et course. Des coureurs recommencent à me doubler, je m’accroche tant bien que mal. Benoît me récupère un kilomètre avant le ravitaillement puis nous retrouvons Sophie et Mathilde peu après. Je suis tellement heureuse de les revoir.

Encore une fois, ils m’ont préparé un accueil de star. J’ai eu droit à une Ola des spectateurs ! Nous marchons tous les quatre jusqu’à l’école de « Sans Souci, km 128 » où se situe la base de vie.

Une fois arrivée, j’enlève mes chaussures. La douleur s’estompe instantanément.

Mes pieds et chevilles ont doublé de volume

Il faut dire que ça fait plus de 40h que je tiens une position verticale quasiment en continu, ils n’ont pas trop l’habitude. J’ai l’intention de prendre mon temps à cette base de vie. Je récupère mon deuxième sac déposé au départ. J’ai besoin de me laver, de me changer et surtout d’être avec mes amis ! Les revoir me fait chaud au cœur après ces 24 heures difficiles ! Une fois propre et ravitaillée, je retrouve mes trois assistants. Ils me massent les jambes, nous essayons de réfléchir à une solution pour mes pieds douloureux. J’essaie de les surélever mais l’effet n’est pas probant sur quelques minutes. De toute façon dans ma tête, la course est terminée ! Il reste moins de 40 km, je les ai parcourus l’an dernier avec Seb et Mathilde. Les grosses difficultés sont passées et cerise sur le gâteau, je pourrai voir mes assistants à chaque ravitaillement dorénavant. De quoi se motiver pour avancer !

Je fais un petit coucou à Rémi qui arrive au ravitaillement quand je pars. Il est sur le trail des Bourbon, il a l’air bien, il me rattrapera sûrement avant l’arrivée. Je repars donc sans serrer mes chaussures pour soulager mes pieds. Ce n’est pas l’idéal sur un terrain cassant mais je souffre quand même bien moins. Je marche et discute un peu avec les coureurs que je rattrape dans la montée.

Beaucoup sont au bout du rouleau, j’essaie de les encourager

J’ai de nouveau l’entrain du début de course, les autres participants sont étonnés de ma fraicheur. J’arrive au sommet sans grande difficulté. La nuit commence à tomber, il me reste une petite descente très technique dans une forêt dense avant le ravitaillement. Comme la nuit dernière, je me fixe comme objectif d’y arriver sans allumer la frontale. Je m’accroche aux lianes et aux arbres pour éviter tout faux mouvement qui serait synonyme de blessure surtout avec mes chaussures délacées. La forêt est de plus en plus sombre mais je réussis malgré tout à en sortir sans frontale. Je retrouve mes trois amis et je leur fais un petit topo. Les pieds sont encore douloureux mais le moral est bon et j’ai envie d’en finir. Je crains néanmoins de m’endormir comme la nuit précédente. Le ravitaillement de La Possession est dans 8 km avec quasiment que de la descente. Je pourrai y trouver une infirmerie et de nombreux lits de camps pour dormir, j’essaierai de m’y faire soigner les pieds et éventuellement de faire un petit somme pour que cette dernière nuit se passe de la meilleure façon possible.

Ces huit kilomètres défilent rapidement, je les parcours avec un coureur du Bourbon, nous discutons tout du long de la descente peu technique qui nous amène à « La Possession, km 146 ».

Mes pieds me font terriblement souffrir mais j’essaie de ne pas y prêter attention

J’arrive à l’école de la Possession où règne une ambiance incroyable. Je retrouve Benoît, Mathilde et Sophie qui ont été rejoints par Delphine et Stéphane. Ces derniers sont finishers de la Mascareigne ! J’enlève mes chaussures tout de suite malgré les avertissements des mes amis. Il y a du verre brisé partout sur le sol, mais à ce moment là j’ai tellement mal que je préfère prendre le risque. Ils finissent par me faire entendre raison et je remets mes chaussures jusqu’à atteindre l’infirmerie. Après m’être lavée les pieds, je suis accueillie par une étudiante qui m’installe sur une couchette et commence à me masser énergiquement les jambes pour drainer les fluides. Elle s’entreprend également à soigner les ampoules que j’ai aux orteils. C’est très douloureux et je ne suis pas sûre que ce soit vraiment utile. Je passe trente minutes à l’infirmerie et demande à pouvoir rester un peu pour me reposer. En vain, je n’ai pas sommeil. Je prends un café au ravitaillement, je n’en bois jamais en temps normal et j’espère que la caféine m’aidera à tenir la nuit sans dormir. Je rejoins mes amis. Delphine et Stéphane me décrivent la difficulté qui m’attend …

Le chemin des Anglais

Il s’agit d’un chemin vallonné avec des dalles de lave dans tous les sens. Il faut sur cette portion s’armer de patience, bien choisir ses dalles pour avancer sans trop se fatiguer. Heureusement, il fait nuit alors que Delphine et Stéphane ont dû le faire sous un soleil de plomb. Ils comparaient ce chemin à une poêle à frire.Je parcours le kilomètre me séparant de ce chemin en trottinant et entame l’ascension. Le début est assez facile, une ligne de dalle au milieu du chemin permet de garder une marche régulière. La suite se corse avec des pierres de lave dans tous les sens demandant une réflexion à chaque foulée. D’autant plus qu’il fait nuit noire et que le faisceau de ma frontale ne me permet qu’une vision limitée. C’est assez usant.

Je me répète qu’il me reste moins de 20 km autant dire rien de tout !

Je ne suis pas blessée, je n’ai pas sommeil et j’ai terriblement envie de terminer cette course ! Je me vois finisher et ça me donne de l’énergie. J’entame la descente, elle demande beaucoup de concentration, ce serait tellement stupide de se blesser ici. Mes assistants m’attendent en bas, c’est la dernière fois que je les vois avant l’arrivée. Nous marchons jusqu’à l’avant dernier ravitaillement « Grande chaloupe, km 155 » en marchant. Je reprends un café, hors de question de s’endormir maintenant. Il ne reste plus que 10 km et 800 m de dénivelé positif.

J’entame donc la montée vers Colorado le dernier ravitaillement avant la descente vers le stade de La Redoute. Je suis accompagnée par Eric qui m’a rejoint assez rapidement, nous faisons toute l’ascension ensemble. Il est épuisé et en a marre ! A lui aussi, c’est sa première Diagonale des Fous mais aussi sa dernière. Je suis loin d’être aussi catégorique, c’est ma première course de plus de 48h et j’ai l’impression d’avoir mal géré énormément de choses à cause de mon inexpérience !

Je suis déjà à réfléchir sur les axes d’amélioration pour la prochaine fois notamment sur la gestion du sommeil

Tout en discutant, nous suivons ainsi la pente douce et régulière qui nous emmène au sommet. Chaque pas me fait souffrir mais je serre les dents, je m’accroche à Eric pour garder le rythme. Je ne veux pas m’arrêter avant le ravitaillement. Finalement, nous atteignons le dernier ravitaillement « Colorado, km164 ».

Il ne reste que 4 kilomètres en descente pour rejoindre l’arrivée mais mes pieds me font énormément souffrir. Je m’arrête pour retirer mes chaussures et surélever mes pieds sur une chaise. J’essaie de me masser pour drainer les fluides accumulés. Un jeune homme du public me voyant en difficulté s’approche et sans même me demander se met à me masser les pieds. La situation est assez cocasse… Il est autour de 3 heures du matin, mes pieds sont dans un état de crasse inimaginable, sans parler de moi en général et là un jeune homme inconnu au demeurant charmant est en train de s’occuper de mes petits pieds. Vous imaginez la scène ? Eh bien dites vous, que c’est à ce moment là que Benoît arrive au ravitaillement dans l’intention de m’accompagner jusqu’à l’arrivée. Je remercie le jeune homme et remets mes chaussures pour entamer la dernière descente.

Nous partons en trottinant, je compte finir tranquillement essayant de soulager mes pieds au maximum. Au début de la descente, nous rejoignons un groupe de coureurs. Je décide de me caler sur leur rythme et de me laisser porter jusqu’à l’arrivée. Or, il se trouve que le coureur devant moi sifflotait en marchant. Pour ceux qui ne le savent pas, je ne supporte pas les sifflements. A mes oreilles, ça équivaut à un crissement de craie sur un tableau noir. Ça me met instantanément dans une grande colère et j’ai envie de frapper l’émetteur du son… Plutôt que d’en venir aux mains, j’accélère et le double ainsi que tout le petit groupe avec lequel il était.

La machine est lancée, je ne ralentis plus

J’effectue cette descente cauchemardesque pour la grande majorité des coureurs avec une grande facilité. Je ne fais que doubler et même Benoît a du mal à me suivre. Mon esprit bouillonne, je ne ressens plus la douleur, je veux terminer ! Rapidement, nous apercevons le stade de La Redoute en contre-bas, il est si proche. Nous enchaînons les virages. Le bitume est enfin là, synonyme de dernière ligne droite avant le stade.Je garde mon rythme, les gens au bord de la route m’encouragent, ils sont nombreux malgré l‘heure tardive. Je sens l’émotion qui monte, je ne peux pas m’empêcher de penser à toutes les épreuves de cette année. Benoît est à mes cotés, Sophie et Mathilde nous attendent à l’entrée du stade. Je leur donne la main pour fouler ces derniers mètres.

Je pleure à chaudes larmes en passant sous l’arche d’arrivée

Je serre fort mes amis dans mes bras, je les embrasse. Ils ont été incroyables, ils ont été d’un soutien sans faille pas seulement pendant ces 54 heures mais durant ces derniers mois. Ils savent ce que j’ai traversé, ils savent ce que cette course représente pour moi. Ils sont en larmes eux aussi, je les remercie infiniment.Le speaker m’interviewe sur mes impressions mais la tête n’y est pas. J’ai envie de profiter du moment, de mes proches, de cette euphorie incroyable qui m’emplit. Je me dirige vers Delphine et Stéphane qui sont derrière les barrières. Je les serre dans mes bras, je dois sentir le fennec mais tant pis. Eux aussi, ils sont là pour moi et c’est ça le plus important !

Je récupère ma médaille et mon T-shirt finisher bien mérités puis nous nous retrouvons tous sur la pelouse au milieu du stade. Nous trinquons à cette incroyable aventure. Je peux enfin goûter la fameuse bière Dodo si populaire sur cette île ! Je lis vos messages de félicitations sur WhatsApp, ils me font chaud au cœur. Vous avez vécu cette aventure à des milliers de kilomètres avec un enthousiasme communicatif. C’est vers vous que je me tournais quand j’étais au plus mal. J’ai été portée par vos encouragements tout au long du parcours.

Nous attendons Joachim et Rémi du Bourbon qui ne devraient plus tarder. Je m’allonge aux cotés de mes amis et me love dans les bras de Benoît. Le soleil se lève sur l’île, je suis finisheuse de la Diagonale des Fous et je me sens incroyablement bien.END OF THE STORY

2 Comments

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J’ai attendu d’avoir lu les 3 parties pour laisser un message et franchement, c’est un magnifique récit de course.
Il y a des doutes, il y a bcp d’humilité et surtout il y a une force de caractère hors du commun. Un exemple à suivre un apprenti trailer comme moi. Merci Seb pour ce contenu passionnant comme a chaque fois sur ton blog

Merci beaucoup Bill !! Tu as bien cerné Marie : l’alliance de la force et de l’humilité … je prends une leçon chaque fois que je la recroise : je relaterai prochainement comment elle m’a emmené à bon port dans les hauteurs de Gèdre alors que mes lunettes embuées étaient devenues inutilisables …

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