Comment j’ai réussi à me régénérer grâce à l’auto-hypnose

Flash-back : le 24 août 2018 vers midi. Je suis en pleine ascension du Port de Campbieilh sur le GRP Tour des Cirques et je peine depuis le départ à trouver mon rythme. J’attribue ça à l’altitude (on est à plus de 2000m). Et puis, je tombe sur quelqu’un qui marche à la même vitesse et la même fréquence que moi et je lui emboîte le pas. La suite : je pose le cerveau, je le suis comme son ombre sans réfléchir et 15′ plus tard je suis enfin rentré dans le match. Ma réflexion du moment:

J’ai constaté que la charge énergétique était bien moindre quand on est derrière quelqu’un qui fait le rythme plutôt que d’être celui-là.

Or depuis l’été dernier je pratique l’auto-hypnose et j’ai un autre regard sur ce qui s’est passé ce jour-là : pendant ces 15′, je suis entré “en transe” et j’ai permis à mon corps de se relâcher complètement grâce à mon esprit parti quelque part dans un coin douillé pour se détacher du poids de l’instant présent. On est donc complètement à l’opposé de la pleine conscience et l’effet est intéressant à analyser. Rentrons dans le détail …

Comment suis-je entré en transe ?

Déjà l’endroit et les circonstances étaient propices à cela :

  • une longue montée en lacets sans apercevoir le sommet (un virage, une ligne droite, un virage, une ligne droite …),
  • un paysage superbe mais monotone,
  • un groupe silencieux si ce n’est le bruit des pas lents et très réguliers induits par les forts pourcentages de la pente à gravir.

Ensuite j’ai calé mes pas dans celui de mon prédécesseur et je suis entré “en équilibre” : je n’avais rien d’autre à penser que de placer mes pieds à l’identique de mon voisin. C’était comme si il avait pris le contrôle de mon corps. C’est ce qu’on appelle “la phase d’induction” : on entre alors en hypnose.

Les conséquences d’un point de vue physique

Sur l’image ci-dessous, la courbe en blanc désigne l’altitude et en jaune la fréquence cardiaque. La côte démarre véritablement vers 12,5km de course et le sommet apparaît 2,5km plus tard. A partir du kilomètre 13 pendant 20 minutes, la fréquence cardiaque chute à 145 et devient très stable alors qu’avant et après, elle est plutôt autour de 152 avec de plus grandes variations.

Ajoutons maintenant la vitesse (voir ci-dessous la courbe en blanc). Avant, elle n’est pas encore stabilisée : je recherche le bon rythme et je me fais doubler par pas mal de monde. Pendant, elle diminue très légèrement de 2,9km/h à 2,5 km/h mais reste très stable encore. Et Après elle se maintient autour de 2,5km/h en étant plus erratique.

Ça signifie que durant cette phase d’auto-hypnose, je n’ai pas vraiment perdu en vitesse, alors que la fréquence cardiaque est significativement plus basse (entre 5 et 7 unités). Quand on connait le lien étroit qui existe entre le niveau de cette fréquence et toute la mécanique physiologique associée, on prend conscience de toute la puissance de cet outil qu’est l’hypnose.

Pour info, mon seuil lipide/glucide est à 150. En entrant en auto-hypnose, j’ai permis à mon corps de ne plus piocher dans les glucides tout en maintenant ma vitesse … et ça a changé la physionomie de ma course !

… et d’un point de vue mental ?

Comme je l’ai déjà dit, avant cette phase, j’avais beaucoup de mal à trouver mon rythme et me sentais “asphyxié”. Le corps avait du mal à répondre et je sentais une grande inertie quand il fallait répondre aux changements de rythme. Après, je me suis senti reposé, serein et libéré. J’en ai ressenti les effets pendant environ deux heures par la suite.

Je n’ai pas trop d’images qui me restent de ce moment-là. Je sais juste que c’était agréable et facile. Évidemment, je suis resté les yeux ouverts mais rien ne s’est véritablement imprimé. J’étais ailleurs et mon corps avançait tout seul.

C’est lorsque je me suis fait doubler par plusieurs personnes que je suis revenu à la réalité : mon cerveau rationnel avait repris le dessus et je refaisais le point. Dois-je doubler moi aussi ou rester là ? Est-ce le moment de boire ou manger ? C’est un signal visuel inhabituel qui m’a fait sortir de transe.

Un autre exemple … de nuit cette fois-ci

La situation

Vers 1h30 du matin, je quitte la base de vie de Luz-Saint-Sauveur à mi-course. Beaucoup de monde, très bruyant, trop chaud à mon goût. Les gens trainent et tardent à repartir … faut dire que 4h de montée en pleine nuit nous attendent ensuite et ça ne fait pas envie. Cette base, ce n’est franchement pas le genre d’endroit dans lequel j’arrive à me reposer. Tant pis, je repars assez vite. Je n’ai pas envie de dormir. On verra bien …

L’heure et demi de côte qui suit est terrible : tout droit dans la pente avec des pourcentages très forts. Juste après manger, c’est un calvaire. Les pâtes englouties à Luz ne passent pas. La douceur de la nuit et la beauté des lumières de Luz la bien-nommée contrastent avec l’incessante et écoeurante  musique des problèmes digestifs des trailers qui m’entourent. Pas de quoi m’aider à régler les miens !!!Puis, au moment où la nausée est la plus forte, miracle !!! La pente s’adoucit et une grande zone plate et facile apparaît alors. Je revis à nouveau mais je suis bien lessivé de ce que je viens de vivre. Il est environ 3h du matin. Ça fait plus de 18h que je suis en course.

A ce moment-là, je rattrape un groupe de quatre personnes et je me cale en queue, derrière un jeune homme de même stature que moi.

L’induction

Même méthode que de jour, je cale mes pas dans ceux de mon prédécesseur et je me laisse porter. La nuit décuple l’effet de l’induction : la vision se limite au faisceau de la frontale calé sur une paire de jambes et rien d’autre ne peut venir me distraire. L’induction est en place en quelques dizaines de secondes seulement !!

Un œil sur les courbes

Le graphe ci-dessous indique la fréquence cardiaque en jaune et la vitesse et l’altitude en blanc.

Moins facile à interpréter si on ne se fie qu’aux données enregistrées. En effet, fatalement sur plat, la fréquence cardiaque baisse et la vitesse augmente. NEANMOINS, un élément reste commun au cas expérimenté de jour : la stabilité de la fréquence cardiaque ! Hormis un saut à 129 observé vers le kilomètre 82 qui correspond à un franchissement un peu délicat qui nécessitait de sortir de la transe, le reste du temps la fréquence oscille autour de 110 / 115, alors qu’elle est beaucoup plus dispersée dans les côtes.

En pratique, je ne me souviens plus de rien à vrai dire, si ce n’est d’un moment agréable. J’étais totalement détendu et l’esprit ailleurs. Le corps avançait tout seul comme un automate et ça a duré 10 minutes et 15 minutes environ.

C’est le bruit d’un ruisseau, puis la vision de la pente qui s’élevait à nouveau et des frissonnements qui m’ont ramené à la réalité.

J’ai le souvenir d’avoir attaqué le tronçon suivant complètement régénéré et je n’ai senti des nouveaux signes de fatigue que 2h plus tard.

Autre curiosité : la corrélation vitesse / fréquence cardiaque AVANT et APRES

Sur la dure montée précédant l’auto-hypnose, j’évoluais en moyenne à 148 de fréquence cardiaque pour 2,6 km/h.

Sur la partie la plus raide de la pente suivante, on est plutôt à 139 bpm (battements par minutes) pour 3,1 km/h. Autrement dit plus efficace que sur la première partie de la montée après Luz … et pourtant j’ai le souvenir que la pente était tout aussi difficile à gérer, les cailloux en plus.

Intéressant, n’est-ce pas ? De mémoire, j’ai eu du mal à remettre la machine en marche juste après la sortie de transe et on le voit bien sur les courbes de fréquence cardiaque. Quinze minutes après, tout s’est équilibré et c’était reparti !!

En résumé

Grâce à une séance d’auto-hypnose improvisée très efficace menée en plein course, je n’ai pas eu besoin de m’arrêter dormir et j’ai même pu relancer la machine ensuite. D’après moi, si je n’ai pas eu de signes de fatigue critique durant la nuit, c’est grâce à cette séance … et heureusement car la zone que je traversais à ce moment-là était vraiment inhospitalière (grandes étendues d’éboulis) avec des conditions climatiques peu propices au repos (froid ressenti autour de 5° et forte humidité).

Curieux ?

L’auto-hypnose est applicable à n’importe quel domaine et n’importe quelle activité dès l’instant que l’on connaît son induction propre (dans mon cas, visuelle et auditive). Les propriétés régénératives sont manifestes. Si vous voulez approfondir le sujet, je vous invite à lire les ouvrages de Bertrand Piccard, psychiatre et aventurier à ses heures, qui pratique l’hypnose sur ses patients et sur lui-même. Son livre “Changer d’altitude” est en outre particulièrement intéressant.

 

2 Comments

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Super intéressant, je bouffe ton blog depuis 2 jours !
Cela met des mots sur des choses que j’ai déjà ressenti en faisant des montées derrière mon meilleur pote et en étant parfaitement dans ses pas au trail des Açores.
A l’inverse, d’être poisson pilote c’est extrêmement fatiguant pour le cerveau.

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