Pourquoi tu cours ?

Pourquoi tu cours ?

Cette question, “Pourquoi tu cours ?“, on me l’a renvoyée des tas de fois en miroir quand j’annonçais les distances que je m’apprêtais à couvrir en ultra. Pourquoi tu cours ? Qu’est-ce que tu cherches à prouver ? A qui ? Pour quoi ? Tu vas te mettre dans des états incroyables et pour en retirer quoi ?

L’égo commence par hurler à l’incompréhension, à l’injustice. Mais vous ne comprenez donc pas ? C’est évident pourtant. Regardez comme je rayonne. Admirez-moi plutôt que de me dénigrer. Je suis un aventurier des temps modernes et … bla bla bla. Laissons l’égo se vautrer dans son narcissisme. Il en a besoin. Et affrontons réellement cette question. Parce qu’il est indispensable de s’arrêter 2 secondes pour se la poser, en toute honnêteté.

Pourquoi tu cours ?

Pas si simple la réponse n’est-ce pas ?

OK, esquivons. Remettons à demain. Après tout, à quoi bon. A quoi bon essayer de convaincre des non initiés. Peine perdue. Et puis nous, nous savons. Enfin … nous croyons savoir.

Parce que lorsque la ligne de départ se profile enfin après tant de semaines, de mois d’attente et d’impatience, il est temps d’affronter la réalité en face.

Nous y sommes. Nous allons gravir cette montagne qui nous domine. Elle est impressionnante. Elle est effrayante même. Et ce n’est que la 1ere d’une série d’une bonne dizaine comme ça. La trouille nous envahit, mais nous donnons le change. Nous cherchons des subterfuges ou trouvons des phrases de protection. “Oh moi vous savez, j’ai eu une dure semaine, on verra ce que ça donne” ou “je ne suis pas du matin” et autres fadaises pour protéger l’égo qui fanfaronnait encore ces derniers jours devant ces fameux non initiés qui ne comprenaient pas.

Départ de course

Alors nous prenons le départ, lancés par une musique galvanisante censée nous gonfler à bloc et nous faire oublier nos doutes. Et le scénario catastrophe que nous redoutions se déroule, implacable, heure après heure : jambes coupées, souffle court, sudation abondante, difficulté à s’alimenter. Pire … à boire. Voilà des heures que l’on erre dans cette montagne que l’on commence à maudire. Un balisage après l’autre. On s’arrête et se courbe en deux sur nos bâtons pour reprendre notre souffle. Et la petite voix dans la tête, déjà bien présente aux lueurs du jour, s’en donne à cœur joie. Ces fameuses questions que l’on avait laissées de côté par procrastination, par flemme ou par inconscience, nous reviennent en pleine face …

Pourquoi je m’inflige ça ? Qu’est-ce que je fous là ?

… et tous leurs dérivés destinés à nous achever une bonne fois pour toute.

Parce que, oui, c’est bien à ce moment-là qu’il nous faudra avoir réalisé cette introspection honnête avec nous-même. Tous les apparats sociaux tomberont à l’épreuve impitoyable de l’endurance, un à un. Il ne restera plus rien d’autre que nous-même dans notre essence. Que nous soyons nantis ou rebus de la société, nous devenons les mêmes dans les profondeurs de l’effort. Chacun avec son potentiel, chacun avec son vécu, ses casseroles, ses fiertés et son parcours de vie qui nous aura mené … au même endroit sur les flancs arides de cette montagne écrasante. L’égo commencera par se chercher des excuses et la petite voix explorera tous les loupés possibles et les anicroches d’une préparation qui ne peut pas être parfaite.

Il n’empêche qu’on en est là, maintenant. A poil face à un mastodonte et ne reste que cette question existentielle …

Pourquoi t’es venu ici ?

Un peu le moment de vérité, le purgatoire du coureur d’endurance.

Pourquoi tu cours ?

Si nous savons répondre à cette question, notre agonie prendra fin, la porte s’ouvrira et la lumière nous touchera de plein fouet. La grâce même pour certains. Comme si nous recherchions cette absolution de tous nos péchés, un grand nettoyage de ce qui nous englue dans nos existences. Les vannes s’ouvrent en grand. Des torrents de larmes s’échappent de notre corps meurtri et nous déposons sur le bord du chemin tous ces encombrants qui entravent notre route.

Si nous NE savons PAS répondre ou que la réponse est trop faible, le sol se dérobera sous nos pieds, nous aspirera dans les tréfonds d’un enfer sans fin. L’abandon qui se profilera après un interminable chemin de croix ne sera que la première porte d’une errance parfois infinie. Nous serons à jamais des incapables et des moins que rien. Notre égo blessé n’osera se relever et affronter le monde après une telle déconvenue. Raccrocher les baskets, ranger les guêtres. Nous ne sommes pas faits pour ça tout simplement. Et nous vivrons le reste de nos jours avec cette blessure immense en travers de notre être. Invisible aux yeux du monde mais douloureuse chaque fois qu’un effronté se targuera d’avoir fini telle ou telle course que l’on visait autrefois.

Alors … tu veux toujours refouler cette question ? Pourquoi tu cours alors ?

Vous l’aurez compris, cette fameuse question arrivera tôt ou tard quand tous les voyants passeront au rouge alors que vous avez fait tout ce qu’il fallait pour que ça marche. Ca arrive à tout le monde un jour. Et c’est l’unique moteur qu’il vous restera pour avancer.

On appelle ça …

Le sens fondamental de la pratique

Le levier le plus fort de la motivation. Si ce pilier est solide, vous pourrez affronter n’importe quelle tempête en toute sérénité. Parce que vous SAVEZ que vous avez les ressources pour en sortir vivant. S’il ne l’est pas, le plaisir, le partage ou les progrès réalisés ne seront pas suffisants pour tenir la baraque quand tout part à vaux l’eau.

Vous êtes en train de lire cet article, c’est le moment de lever le nez et de se poser enfin face au miroir.

Prenez un papier et un crayon, ou fermez les yeux et centrez-vous sur votre respiration, ou visualisez-vous en condition ou parlez-vous à haute voix en faisant les 100 pas dans votre salon. Peu importe le moyen, il est temps de répondre en toute franchise.

A VOUS DE JOUER 

Tu cours parce que

Pourquoi tu cours ? Exemple non exhaustif de réponses

Pour …

  • Répondre à un pari entre potes lors d’une soirée arrosée
  • Epater la galerie au travail, pour avoir une histoire à raconter à la machine à café le lundi matin
  • Obtenir la reconnaissance / le respect de mes collègues de travail
  • Etre admiré, aimé
  • Faire mieux que mon voisin
  • Finir dans les N premiers du classement, pour faire une performance de temps
  • Participer à la course dont tout le monde parle, par effet de mode
  • Appartenir au cercle fermé des ultra-traileurs (caste supérieure ?)
  • Partager une expérience avec mes amis
  • Pour l’ambiance, l’adrénaline du dossard, l’énergie des bénévoles, la force de l’événement
  • Me sentir grandir socialement
  • Prendre du plaisir
  • Echapper à mon quotidien que je ne supporte plus
  • Faire du tourisme original, utile et sportif
  • Vivre une expérience unique
  • Militer pour une cause que je trouve juste
  • Combattre la maladie
  • Marcher sur les pas d’un défunt, en mémoire d’un être cher
  • Méditer, partir en introspection, me découvrir en tant que moi, tutoyer mes limites
  • Entrer en communion avec la nature, le vivant, l’humanité
  • Devenir mystique, pour rencontrer Dieu

Comment savoir si mon pilier est solide ?

Si vous observez bien la liste précédente, vous verrez que les réponses sont grosso modo classées de la plus “exogène” à la plus “endogène“. En d’autres termes, de celles qui dépendent le moins de vous à celles dont vous maitrisez tous les tenants et les aboutissants. Mais elles sont aussi classées de la plus superficielle (un personnage que l’on souhaite jouer) à la plus profonde (qui l’on est vraiment au-delà même de nos valeurs).

Plus vos réponses s’apparentent aux derniers éléments de la liste, plus votre sens fondamental de la pratique est élevé, plus vous êtes équipé pour affronter les tempêtes et les mers d’huile à venir.

Pourquoi tu cours ?

Vous SAVEZ

Vous savez pourquoi vous êtes là. Votre DEVOIR est d’aller au bout de cette épreuve. Vous êtes en mission en quelque sorte. J’ai envie de dire “quoi qu’il en coute” sans aucune allusion à la politique, hein ? Ce levier très fort de votre motivation pousse votre engagement au-delà de la raison, dans le domaine de l’incompréhensible pour tous les témoins non initiés. Et qu’importe finalement puisque vous êtes “habité“. Tout en vous est tourné vers cet objectif et rien ni personne ne pourra vous arrêter, pas même une défaillance monumentale ou des erreurs stratégiques qui vous font régurgiter toute forme de nourriture.

Evidemment, nous pouvons apporter plusieurs réponses bien différentes. Vous pouvez donner le change auprès de vos amis pour jouer ce fameux personnage qui vous tient à cœur en société. Libre à vous. Le plus important avant même d’aller plus loin est de comprendre et prendre conscience que vous vous engagez sur une voie de sacrifice, de renoncement. La force de votre engagement vous fera multiplier les réponses négatives aux sollicitations séduisantes. Vous fermerez toutes les portes parasites. Rien ne vous écartera de votre chemin puisque telle est votre mission.

Si vous en êtes à ce niveau de sens fondamental, vous n’avez rien à craindre.

Si ce n’est pas le cas …

Ne paniquez pas

Vous avez un réel travail mental à faire pour vous imprégner de la difficulté du chemin à parcourir. Quel prix êtes -vous prêt à payer ? Quels événements, facteurs ou autres imprévus peuvent vous faire arrêter votre quête ? Posez-vous les questions là encore en toute honnêteté. Si vous êtes aligné avec vous-mêmes, vous dites clairement à votre égo :

Tu n’as rien à craindre, il n’y aura pas de blessure insurmontable puisque je ne te malmènerai pas au-delà de la limite que je me suis fixé. Je suis droit dans mes baskets et j’assume mes choix.

Une dernière question demeure …

Avec le niveau d’engagement que j’ai actuellement, quelles sont mes chances d’aller au bout de mon défi ?

Bien malin qui saurait y répondre Avatar Séb

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