Le regard est le reflet de l'âme

Le regard est le reflet de l’âme

« Le regard est le reflet de l’âme » est un dérivé de la citation de Cicéron : « si le visage est le miroir de l’âme, les yeux en sont les interprètes« . Elle montre à quel point tout transite par le regard. De notre état d’esprit en passant par nos intentions et l’intensité de nos émotions, le regard est l’information principale communiquée au monde sur notre état ici et maintenant. Le regard est le reflet de l’âme, les yeux son vecteur.

Caractéristiques du regard

Différence entre OEIL et REGARD

Combien d’accompagnateurs assistant leur coureur favori se retrouvent désemparés lorsqu’ils le retrouvent avachi à un ravitaillement, les yeux dans le vague. Que dis-je les yeux ! Le regard plutôt. Et c’est bien le regard qui est le reflet de l’âme, pas les yeux. Commençons par bien définir ce qui en fait la différence. Et pour cela, citons Amélie Nothomb qui trouva les mots dans son très surprenant « Métaphysique des tubes » :

Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n’en ont pas ? Cette différence a un nom: c’est la vie. La vie commence là où commence le regard.

Amélie Nothomb – Métaphysique des tubes

Le regard témoin de l’émotion vécue

Dans le cas de notre coureur avachi, sans aller jusqu’à dire que la vie a quitté son être, sa vitalité et son énergie se sont évaporés. La lumière s’est éteinte et si la situation dure, c’est de très mauvais augure pour la suite de la course. Il est fort à parier que notre héros du jour soit au bout du rouleau sportif, aux portes de l’abandon.

Regard dans le vague - le regard est le reflet de l'âme

Et pourtant quelques heures plus tôt, vous étiez à côté de lui sur la ligne de départ. Il ne tenait pas en place, gesticulait dans tous les sens. Quand il voulut bien se calmer et respirer sur vos conseils avisés, ses yeux exorbités eurent du mal à maintenir un regard nerveux qui pointait dans tous les sens. Au-delà de l’agitation oculaire, le regard trahissait ici  une profonde marque de stress. Pas ce bon stress que l’on nomme trac et qui vous met en action et vous pousse en avant. Non, ce stress paralysant qui vous fait perdre vos moyens et vous pousse à fuir à l’envers.

Que dire de son copain à côté, figé sur place comme une statue, le regard pointé vers le bas en signe de soumission. Il cherche un point d’accroche rassurant, un trou de souris pour se cacher mais n’en trouve pas. Là encore au-delà de l’inquiétude et du poids de la peur de l’inconnu, le regard montre l’intensité de l’émotion face à un défi indigeste.

Amis accompagnateurs, apprenez à interpréter ce que vous voyez dans le regard de vos champions. Avant même de trouver les bons mots, il faut savoir identifier au plus juste leur météo intérieure. Dans tous les cas évoqués précédemment, le regard est le reflet de l’âme.

La stabilité du regard

Cette stabilité témoigne du calme mental relatif du sujet.

Un esprit tranquille induit un regard stable, capable de rester de longs moments posés sur un objet. D’un point vue « Sytème Nerveux Autonome« , cela témoigne d’un système parasympathique en pleine forme. Au passage, ce système permet une écoute active dans une discussion avec autrui. Il permet de construire cette bulle d’échange propice à installer l’intensité dans la relation. Quelqu’un qui souffre d’un système parasympathique défaillant est incapable de tenir un échange et son regard fuira à droite ou à gauche pour « respirer ».

A l’opposé du spectre, le système parasympathique peut être en forme, mais son antagoniste, le système sympathique, peut prendre le pas et générer une réelle agitation. Ce dernier est responsable de la mise en mouvement, de la joie de vivre et de l’entrain. Poussé à trop haute dose, il nourrit le mauvais stress et les émotions dites négatives comme la peur ou la colère.

Regard stressé - e regard est le reflet de l'âme

Pour résumer sur le regard :

  • Stable = Esprit tranquille et reposé
  • Fuyant =  Déficit d’attention due à une carence du système nerveux parasympathique
  • Agité = Mauvais stress dû à un fonctionnement anormalement élevé du système nerveux sympathique

La hauteur du regard

La hauteur du regard témoigne de l’ouverture de l’esprit vers le monde.

Un besoin d’intériorité et d’introspection abaisse le regard vers le sol et / ou vers des zones sous la ligne d’horizon libres de toute source susceptible de capter l’attention. L’esprit a alors besoin de se décrocher de tout objet pour « entrer en soi ». On l’observe souvent avec des coureurs la tête inclinée vers le sol alors que le terrain ne présente aucune difficulté. Le regard semble fixe mais il n’est posé sur rien qui semble dire « Silence, introspection en cours« . C’est souvent un signe de quelqu’un qui fuit la difficulté du présent pour se réfugier dans un ailleurs.

Simon Dugué en difficulté sur l'Echappée Belle 2020

Quand le regard se redresse à l’horizontale ou plus haut, l’esprit exprime alors une grande confiance et se tourne vers l’avenir. Il est « en route vers … », vers son avenir, son destin, vers le chemin qu’il souhaite voir se dessiner devant lui. Il est souvent associé à une posture dominante (voir plus loin). On l’observe avec les coureurs en phase ascendante ou en équilibre dans leur effort. Ils ressentent l’envie de se connecter à leur environnement pour s’en nourrir.

Pour résumer sur le regard :

  • Vers le bas = introspection et doute
  • Vers le haut = ouverture vers le monde et confiance

L’ouverture du regard

L’ouverture du regard témoigne du niveau de concentration de l’esprit sur son environnement.

Un regard perçant est focalisé sur un point comme un rayon laser. Il ne voit rien d’autre autour et seul existe cet unique objet dans son champ de vision. On constate ce regard chez des coureurs qui traverse un passage délicat nécessitant une grande concentration. La focalisation du regard permet de poser le pied là où le cerveau le commande et permet un franchissement avec un maximum de sécurité. Là où un spectateur pourrait ressentir de la peur devant le caractère périlleux du passage à franchir, le coureur élimine la peur en ne « voyant » que les éléments qui lui permettent une traversée avec un maximum d’assurance.

Regard perçant - Le regard est le reflet de l'âme

A contrario, le regard largement ouvert absorbe un maximum d’information sans percevoir les détails de la scène. Il permet d’accueillir tout ce qui se présente sans se laisser piéger. Comme un combattant qui ne saurait pas d’où surgirait l’adversaire, le regard est alors large est ouvert pour intégrer toute nouvelle information. En course, on l’observe chez des coureurs « en transition » qui relâchent leur concentration pour profiter des paysages et de l’ambiance.

Pour résumer sur le regard :

  • Perçant = concentration maximale (grande consommation d’énergie)
  • Ouvert = accueil de ce qui est (faible consommation d’énergie)

La proximité du regard

La proximité de l’objet du regard indique l’ancrage ou non dans le présent.

Un regard accroché sur un objet proche de soi témoigne d’un ancrage dans le présent. L’esprit est concentré sur la tâche qu’il a accomplir. La partie rationnelle du cerveau est activée et les problèmes logiques les plus ardus peuvent être résolus ainsi.

Un regard accroché (ou perdu) au loin indique un esprit vagabondant dans le futur et/ou le passé. Il faut de la place et de l’espace pour se promener hors du temps présent. Les images se superposent alors à la réalité et l’esprit a tout le loisir de les alimenter avec des pensées afférentes. Plus le regard focalise au loin, moins l’esprit est contraint. Idéal pour des activités créatrices qui peuvent se trouver coincées entre les quatre murs d’une pièce.

Regard lointain - Le regard est le reflet de l'âme

Notez que l’on peut être face à un mur et focaliser au loin. Ça s’appelle « regarder dans le vide » et cela témoigne d’un besoin d’évasion de l’espace présent trop étouffant ou trop pénible.

Pour résumer sur le regard :

  • Proche = ancrage dans le présent (idéal pour le cerveau rationnel)
  • Lointain = ancrage dans le passé / futur (idéal pour le cerveau créatif)

Maitriser son regard pour agir sur son mental

Le regard est le reflet de l’âme. Certes. Mais agir volontairement sur son regard permet aussi d’agir sur son âme, ses pensées et son équilibre psychique.

Le pouvoir de la posture

Amy Cuddy, psychologue sociale américaine, a démontré que la posture que nous adoptons influence directement notre taux de testostérone (hormone de la confiance en soi) et celui du cortisol (hormone du stress).

Adoptez une posture dominante pendant 2′ (exemple : les bras levés quand on passe une ligne d’arrivée) et vous augmenterez significativement le premier et faites diminuer le deuxième. Adoptez une posture dominée du genre recroquevillée sur une chaise pendant 2′ et il se passera l’inverse.

Posture dominante Amy Cuddy

Maëva Le Goïc, dans sa passionnante thèse sur l’étude du contrôle postural chez l’homme, dit page 35 :

Le sens de la verticalité s’appuie sur des informations vestibulaires fiables (provenant des organes gravito-inertiels de l’oreille interne), des indices visuels (sur la structure de l’environnement notamment) et […] des gravicepteurs (récepteurs situés dans les organes viscéraux au niveau du tronc) et des afférences tactiles plantaires et proprioceptives […]. Lorsque ces référentiels sont fusionnés et fournissent des informations corrélées, l’homme dispose ainsi d’une verticale visuelle, vestibulaire/gravitaire et posturale.

Quand vous prenez conscience que votre posture peut être influencée par la perception visuelle de votre environnement et donc du choix de l’objet cible de votre regard, vous avez toutes les clés en main pour choisir en conscience l’attitude juste du moment.

Les enseignements du Yoga

Le Yoga nous enseigne la bienveillance et la présence à soi dans la posture. S’il existe bien une posture où le regard joue un rôle fondamental dans sa tenue, c’est l’arbrisseau. Même si vous ne l’avez jamais pratiquée, vous la connaissez sûrement, ne serait-ce que parce qu’elle représente l’essence du yoga dans l’inconscient collectif.

L’entrée en posture de l’arbrisseau

Vous démarrez debout pieds écartés de la largeur du bassin parallèles entre eux (tadasana pour les initiés). L’ancrage au sol doit être ferme. Puis transfert du poids du corps sur la jambe qui va porter l’arbre. La plante de l’autre pied remonte soit jusqu’au mollet, soit jusqu’à la cuisse qui oppose une fermeté égale à l’appui fourni par la voûte plantaire. Les mains viennent se joindre devant le coeur. Puis si l’équilibre est stable, on monte les mains au-dessus de la tête.

L'arbrisseau - posture de yoga

 La difficulté de la stabilité de la posture

Les premiers essais sont peu aboutis, voire désastreux. On se rend compte que l’ensemble n’est pas stable. On se trouve des tas de bonnes raisons pour expliquer le naufrage : j’ai eu une entorse de cheville mal guérie, mon genou est faiblard, mon pied glisse, je penche à droite, et bla bla bla …

Ça peut durer très longtemps cette histoire tant que l’on ne comprend pas qu’il faut installer un calme mental et faire taire cette radio qui tourne en boucle dans notre tête. Mais c’est impossible mon petit Môsieur me répondrez-vous ! Et bien si, figurez-vous. Pour cela, vous allez forcer votre regard à se fixer sur un point droit devant et ne plus le lâcher. Comme vu auparavant, vous allez solliciter à la fois la confiance en vous (hauteur du regard) et la concentration (focalisation sur un point). Cet effort imposé par le regard aura pour effet de tranquilliser le mental et là, miracle, l’arbrisseau ressemble alors à quelque chose. Même mieux, il est droit et stable.

Ce n’est plus une question de cheville ou de quelconque faiblesse ligamentaire, vous tenez la posture par un ancrage solide au sol et grâce à un mental calme tenu en laisse par un regard implacablement concentré sur un point.

Magique, non ?

Les impacts sur la concentration

Comme on vient de le voir, on peut agir sur son regard, le contrôler, pour agir indirectement sur son mental, puis son équilibre émotionnel et donc son comportement. Vous avez donc les clés pour choisir l’attitude à adopter selon la situation.

Quelques conséquences magiques (non exhaustif) :

  • Moins de pensées parasites : rappelez-vous, un regard focalisé sur un point entraine plus de concentration, donc moins de bruit mental. Vous devenez le conducteur du fil de vos pensées.
  • Plus de présence à soi : vous pouvez revenir dans l’ici et maintenant  en accrochant consciemment votre regard aux objets qui vous entourent.
  • Plus de confiance en soi : en relevant la tête et en positionnant votre regard droit devant vous, vous augmentez le taux de testostérone et trouvez le courage d’avancer.

Le regard est le reflet de l’âme … en pratique

Est-il possible de combiner plusieurs bienfaits qui paraissent antinomiques ? Par exemple, accueillir ce qui est tout en restant concentré ? ou encore générer de la confiance tout en étant introspectif ?

Et bien OUI mesdames et messieurs ! Je vous explique en-dessous comment faire dans un exercice pratique.

Marche de pleine conscience

Quand s’invite la méditation de pleine de conscience

Vous allez réaliser une marche de pleine conscience de préférence sur un terrain dégagé avec une bonne visibilité. Une ligne droite serait idéale. Assurez-vous que vous n’avez pas d’obstacles au sol et que la progression ne nécessite pas une analyse détaillée du terrain. Et c’est parti !

  • Chercher un point le plus éloigné possible à hauteur des yeux (concentration élevée + confiance en soi).
  • Progresser à pas lents pour faire défiler le paysage autour de vous et créer un film ayant pour seul point fixe le point focal du regard.
  • Tout en maintenant la concentration sur le point, élargir progressivement son regard pour prendre conscience des éléments qui défilent. D’abord autour du point au loin, puis de plus en plus proche autour de soi en utilisant la vision périphérique (ancrage dans le présent + accueil de ce qui est).
  • Possibilité d’introspection si l’on « ressent » ce ruban de terre qui défile sous nos pieds.
  • Possibilité d’ouverture sur le monde si l’on « ressent » l’univers évoluer autour et au-dessus de nous.

Cette marche méditative est d’une puissance extrême pour booster le système nerveux et rééquilibrer l’état chimique interne. Sûrement l’un des plus beaux cadeaux que vous pouvez vous faire

Conclusion

Le regard est le reflet de l’âme et il donne quantité d’indices à votre entourage sur votre état du moment. Mais votre couple corps/âme n’est pas un cheval fou que vous subissez quand il s’emporte. Vous avez les clés pour reprendre le contrôle en agissant sur le regard et son positionnement. Deux minutes suffisent pour amadouer un emballement indésirable … à condition d’en avoir conscience et de s’entrainer encore et encore. Comme un pianiste répète ses gammes.

Avatar Séb

 

4 réflexions sur « Le regard est le reflet de l’âme »

  1. Merci pour ce bel « article – reportage » sur le regard et ses conséquences sur la façon dont on l’adopte 👀

    Beaux exemples en running/marche/yoga 😉

    Et l’ouverture du troisième oeil alors 👁 ? Encore une autre façon de « regarder » 😊

    1. Le regard invisible ! Et pourtant celui qui voit au delà du tangible. Je pense que si je l’avais abordé, j’aurais perdu beaucoup de monde…
      Merci pour ton commentaire Isabelle 🙏

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